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L'archet brisé de Bellou

  • il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 6 heures



L'archet brisé de Bellou - résumé

6 juin 1944. Dans le ciel de Normandie, un grondement immense et continu s’élève de l’ouest. Le Débarquement a commencé. Pour Janine, qui s'apprête à fêter ses quatorze ans, le monde est sur le point de basculer.

Depuis quatre ans, elle subit l'Occupation, le rationnement et le silence. Jusqu’au jour où deux soldats allemands s'installent sous son toit et exigent qu’elle joue du violon pour eux. Face à l'ennemi, la peur au ventre mais le regard droit, Janine refuse de céder. Dans un geste de pure rébellion, elle choisit de briser son archet.

Mais alors que l'échéance de la liberté approche et que les bombes commencent à pleuvoir sur le bocage, la tension monte d'un cran. Comment survivre quand le chaos s'installe et que l'avenir se joue à quelques kilomètres à vol d'oiseau ?

Découvrez le destin suspendu d'une jeune fille face à l'Histoire, où la plus petite des résistances peut sauver une âme.

« Je me suis demandé si demain, on serait libres. Ou morts. Ou les deux à la fois. »

extrait 1

Je m’appelle Janine et j’allais avoir 14 ans dans 51 jours !

Cela faisait plusieurs mois déjà que mon père avait préféré me retirer du pensionnat d’Argentan et que je n’étais plus scolarisée. Pourtant, j’étais une élève prometteuse, disait-on, j’avais même commencé à étudier le violon.

Le mois de mai avait été triste, pluvieux, avec un ciel chargé. Les chemins avaient gardé l’empreinte de l’humidité depuis l’hiver. Le printemps se faisait timide.

Les informations n’étaient pas encourageantes et arrivaient comme des rafales sombres.

Alors sans même m’en rendre compte, je me laissais aller à la mélancolie, cette compagne silencieuse qui s’installe quand la lumière tarde à revenir.

Le seul rempart à cette noirceur, je le trouvais les soirs où nous pouvions tranquillement écouter en cachette « Les Français parlent aux Français », cette voix interdite que l’on captait le souffle court, à la dérobée.

Mon père chantait d’une voix étouffée la marche militaire qui terminait l’émission. « La victoire en chantant nous ouvre la barrière, La liberté guide nos pas », Bien souvent, je l’avais accompagné au violon, lorsque j’avais encore mon archet. Ma mère, morte d’inquiétude, nous suppliait d’arrêter… « Prenez garde, et si on vous entendait ? ».

Mais ces moments clandestins étaient notre propre façon, à mon père et à moi,  de résister à ce que nous subissions.

C’était ma rébellion.

 

Hier soir, le ciel s’était enfin un peu dégagé, comme s’il consentait à une trêve. Le vent, lui aussi, s’était calmé, laissant dans l’air cette immobilité étrange qui précède les grands bouleversements.

Vers deux heures du matin, une agitation aérienne soudaine nous tira du sommeil comme bien souvent depuis 4 ans, mais c’était différent, c’était un grondement de moteurs, des passages rapides.

Puis, vers six heures, un bruit immense, continu, venant de l’ouest.

Un grondement profond, ininterrompu, un bruit qui ne finit pas, qui roule, qui enfle.  Nous étions tous debout à écouter religieusement ces bruits hors du commun.

Nous comprîmes rapidement.

Là-bas, vers la mer, quelque chose de gigantesque était en train de se jouer.

Alors, l’évidence s’imposa, simple et terrible à la fois :

« Le Débarquement… » 

Nous étions le 6 juin 1944.


.(fin du 1er extrait)

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et pour prolonger l'immersion :

extrait 2


Au matin du 17 août, le silence s'installa enfin, presque irréel.

Plus un bruit, plus le moindre vrombissement de moteur, plus de tirs ni de bombes.

Tout était fini!

L’après-midi, nous étions dans le bourg de Bellou, au milieu des décombres pour acclamer nos libérateurs : alliés anglais et américains arrivaient en vainqueurs par la route de La Coulonche.

Le cauchemar était terminé !

Le paysage autour de nous portait les stigmates des combats. Le cimetière situé seulement à 150 mètres de notre maison avait été bombardé, tout comme l’église au centre du bourg et les maisons du haut du bourg, situées de l’autre côté à 200 mètres. Par miracle, notre maison passa au travers des bombes. Elle ne fut pourtant pas épargnée par les pilleurs, qui firent main basse sur les cartons de vaisselle et les objets personnels que Tante Juliette avait apportés avec elle, ainsi que sur du linge et de la vaisselle nous appartenant.

Fait marquant : dans l’atelier de peinture, une photographie encadrée de mon père entouré de ses ouvriers avait elle aussi disparu. Qui pouvait bien s’y intéresser ? Le hasard voulut que, quelques années plus tard, mon père la retrouve, posée sur le buffet d’un de ses anciens ouvriers. Il choisit de ne pas en parler.

 

La bataille était terminée, laissant derrière elle une Normandie assassinée.

Partout, des grandes villes jusqu’aux plus petits villages, sur les routes nationales comme dans les chemins creux de mon bocage, sur les places et dans les champs, la mort a fauché.

Ce fut une guerre terrible. Les bombardements féroces et sans pitié ont semé les deuils, les ruines, la misère et les larmes.

 

La guerre a laissé des traces dans la famille, comme des cicatrices que chacun porte encore en silence.

Le plus jeune frère de mon père, Roger, avait été incorporé dans un régiment de zouaves.

On disait qu’il était parti presque en riant, fier de son uniforme, persuadé que la guerre serait courte.

Mais à Dunkerque, tout avait basculé. Il y avait été blessé en pleine bataille, dans le chaos des bombardements. On l’avait opéré sur place, dans une ville qui brûlait encore. Cette intervention de fortune lui avait sauvé la vie, mais des éclats de métal étaient restés dans sa chair, et il les garda jusqu’à la fin de ses jours.


Deux autres frères, Robert et Clément, avaient été faits prisonniers eux aussi.

Clément rentra début 45, sain et sauf d’un Stalag, dont il ne parla guère.

Quant à Robert, son histoire était horrible.

Affecté à un kommando de travail dans une carrière, il avait reçu un ordre absurde, brutal, comme seuls les prisonniers en recevaient : nettoyer une machine en marche.

La concasseuse l’avait happé. On avait tenté de le dégager, mais sa main et son avant-bras avaient été broyés. Il avait été soigné comme on soigne un prisonnier, vite, mal, sans ménagement, puis finalement il fut rapatrié début 1943, mutilé, amaigri, mais vivant.


Un autre frère de mon père, Octave, portait encore les stigmates d’un conflit plus ancien. Ancien combattant de la Grande Guerre, il avait été gazé dans les tranchées et sa santé ne s’en était jamais vraiment remise. Il vivait avec un souffle court, une fatigue qui revenait sans prévenir, une fragilité que la famille connaissait trop bien. Et puis, le 25 août 1940, alors que la France venait tout juste de s’effondrer, son corps avait fini par lâcher. Il s'est éteint subitement, après vingt ans de lutte silencieuse et face au désespoir de voir recommencer une guerre qui le privait déjà de quatre de ses frères.


En octobre 1945, ma grand-mère s'éteignit, suivie de près par Mickey. Bien qu'elle eût le bonheur de voir ses enfants revenir saufs mais pas sans séquelles, l'immense fatigue de ces années de guerre l'avait définitivement épuisée.

Le camp de prisonniers de guerre où était  mon oncle André, le Stalag X-A situé à Schleswig (dans le Nord de l’Allemagne) fut libéré par les troupes britanniques le 29 avril 1945. Il rentra sain et sauf, amaigri, silencieux.

 

Dans les villes, des pans de murs calcinés, résistaient, se tenant fébrilement encore debout.

Flers et Argentan n’ont pas simplement été bombardées : elles ont été pilonnées.

La moitié de la ville de Flers a péri.

De Chambois à Trun, en passant par Vimoutiers, toute cette terre de l’Orne a été balayée, dévastée.

 

Les chiffres donnent le vertige.

Dans la Manche 60 000 immeubles ont été détruits, 15 000 civils furent tués et 34 000 familles se sont retrouvées sans abri.

280 000 sinistrés sur une population de 438 000.

Dans le Calvados, sur 763 communes, 742 furent  détruites, 163 000 immeubles furent atteints dont 69 000 rasés.

Caen fut  sinistrée à 93%, Vire à 96% et Falaise, la cité de Guillaume le Conquérant fut  détruite à 100%.

Dans les campagnes, les paysans ont dû affronter 20 000 hectares de champs piégés par les mines et combler 5 500 000 mètres cubes de trous de bombes.

 

Malgré le massacre de ses côtes, de ses villes et de ses champs, la Normandie n’a pas désespéré.

Le peuple normand s’est remis au travail courageusement avec son opiniâtreté légendaire.

Mètre par mètre, le sol de mes ancêtres a été déminé.

Pierre par pierre, les foyers se sont relevés. Il y avait tant à faire...

Paysans, pêcheurs, ouvriers tous ont poursuivi la lutte, cette fois pour revivre.

Des cendres est sortie une Normandie toute neuve. Et les pommiers ont refleuri.

 

Je m’appelle Janine, dans 51 jours, j’aurai 96 ans.

J’émets le vœu que ce bonheur si chèrement reconquis ne soit plus jamais brisé.

Je ne vous le demande pas pour moi, je ne suis plus de ce monde, mais pour vous !

Pour l’avenir ! Pour votre liberté et celle de vos enfants.

J’attendais avec impatience ce 6 juin pour vous partager en exclusivité ces deux extraits de ma dernière nouvelle intitulée

« L'archet brisé de Bellou »,

qui fera partie d'un recueil de nouvelles à paraître.

Le choix de cette date précise n'est pas un hasard, puisqu'elle résonne directement avec le cœur même du texte...


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