L'oie de Noël (conte de saison!)
- guyllecture
- 21 déc. 2025
- 12 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 déc. 2025

En cette période de fête, voici un conte de Noël d'après un texte de Paul Labbé glané au cours de mes recherches.
La veille de Noël, dans le café d’un petit village du pays bas‑normand, on avait pour coutume de jouer aux dés pour gagner des victuailles. Une vieille tradition recueillie avec respect, comme un héritage précieux.
Et franchement, l’ambiance de ce café, le soir du réveillon, valait le détour. Dans la petite salle où trônait une table de marbre, la fumée des pipes formait un vrai brouillard. Les habitués étaient regroupés autour du poêle en fonte qui rougeoyait. Un peu plus loin, d’autres sirotaient un café « aux trois couleurs » (1), en attendant le fameux quatrième petit verre (2). Mais la plupart des gens restaient debout, les yeux brillants, autour du carré central où s’entassaient, dans un joyeux désordre, poulets, dindons, oies, canards et lapins. Tout ça pour le gagnant de chaque partie.
Les Normands, on le sait, ont toujours aimé bien manger. Rien d’étonnant à ce qu’ils se passionnaient pour ce jeu qui leur permettait, pour quelques sous, de repartir avec un rôti plus que respectable.
Bien qu’il approchât de la cinquantaine, Auguste Bisson avait toujours réussi à échapper aux tentations gourmandes de la nuit de Noël. Non pas qu’il rechignât devant une bonne table, loin de là, ni qu’il se prive volontiers de l’arroser comme il faut. Mais Auguste, n’ouvrait sa vieille bourse verte, à courroie de cuir, qu’avec la prudence d’un notaire, et il n’avait jamais pu se résoudre à risquer son argent dans ces parties de dés où tout le monde s’enflammait.
Il respectait son curé, certes, mais son seul véritable culte allait à la pièce de cent sous. D’ordinaire, il laissait sa femme partir seule à la messe de minuit : les activités nocturnes ne l’intéressaient guère, surtout celles dont le bénéfice, disait-il, « ne se touche que dans l’autre monde ».
Pendant qu’Ernestine faisait ses dévotions, lui somnolait tranquillement au coin du feu, construisant dans sa tête des affaires imaginaires, rêvant de petits placements sûrs ou de gros héritages tombés du ciel. À quoi bon, pensait-il, parcourir la demi-lieue qui séparait la maison de l’église pour aller passer un bout de nuit à écouter un office aux chandelles ? Comme vous le voyez, Bisson flirtait avec l’impiété, ce qui peinait profondément la brave Ernestine.
Impie, non. Plutôt indifférent, mais d’une indifférence qui s’épaississait d’année en année.
Parfois, sa femme tentait de le ramener dans le droit chemin :
— Auguste, t’es dans le travers. Faut penser à ton salut et faire l’premier pas. Veux-tu qu’j’en parle à m’sieur l’curé ?
Il ne répondait rien, et surtout, il ne se pressait pas. Pour lui, tout ça pouvait bien attendre. Il se disait qu’il était encore bien tôt pour discuter de ces choses-là, et qu’il ne fallait pas des heures pour « mettre ses affaires en règle » avant de s’embarquer pour le grand voyage.
Ce soir‑là pourtant, il se laissa convaincre.
— Faut t’rapp’rocher, avait insisté la bourgeoise. T’es pas un païen. Viens donc avec mé à la messe de minuit. On partira un brin pus tôt et, pendant que j’dirai un chapelet, tu feras un coup d’dés au café du village. Y a d’la volaille à foison, et j’me suis laissé dire que Jean Letourneur y fait jouer une oie de quinze livres.
La perspective d’un bon coup de dés pesa‑t‑elle dans la balance ? Peut‑être eut‑il soudain la vision de cette oie phénoménale, auréolée, comme un saint du calendrier, d’une sauce onctueuse et bien nappée. Allez savoir. Toujours est‑il qu’il ne se fit pas prier longtemps et promit d’accompagner sa femme.
Il gelait dur. Le froid vous tombait sur les épaules comme un manteau de neige. Des glaçons pendaient aux branches et scintillaient au clair de lune comme des larmes de cristal. À vrai dire, si l’idée d’un beau butin n’avait pas réchauffé son courage, Bisson aurait sûrement fait demi‑tour pour aller reprendre, devant l’âtre, son somme habituel.
Mais en pressant le pas pour se réchauffer, ils atteignirent enfin le village.
Une agitation nocturne inhabituelle animait ces rues d’ordinaire si paisibles. Les cloches de l’église appelaient ses ouailles.
L’église, elle aussi, resplendissait, toute illuminée. Par la grande porte entrouverte, on apercevait les cierges du chœur, brillants comme des étoiles perdues dans le lointain…
Ernestine entra, son chapelet serré entre les doigts, tandis que le bon Auguste, prenant son courage à deux mains, filait tenter la fortune.
Son arrivée au café fut accueillie par une volée de plaisanteries et de clins d’œil complices. Tous ici connaissaient Auguste et son rapport à l’argent. Un consommateur déjà bien échauffé, un de ceux qui « savent faire des chansons », improvisa aussitôt un couplet de circonstance, plus généreux en bonne humeur qu’en rimes, et quelques amateurs le reprirent en chœur, ravis de l’occasion.
Il y avait de la gaieté dans la salle, et l’ami Bisson accueillit avec bonne humeur ces démonstrations bruyantes. Tous ces gaillards-là, il les connaissait depuis toujours.
Pendant un bon quart d’heure, il resta tranquille, observant les joueurs, jaugeant les lots, sans s’avancer dans le cercle des amateurs.
Deux poules huppées et un lapin noir, proposés successivement à la tentation des clients, ne réussirent pas à le tirer de sa réserve. Il laissait la place aux impatients : lui visait plus haut. Une seule pièce retenait son attention, une seule excitait sa convoitise.
Vous l’avez deviné : l’oie superbe que Jean Letourneur avait gavée spécialement pour la Noël.
Tout à coup, la soirée battant son plein, Letourneur jugea que le moment était venu de frapper un grand coup en mettant en jeu son malheureux volatile, à moitié asphyxié par les relents de tabac et d’alcool.
— Attention, les gars, lança-t-il, v’là l’gros lot !
Puis, l’installant au milieu de la table avec une tape sur le derrière :
— Allons, té, fais pas la bête !
Les pattes liées, à plat ventre, dodue comme il faut, le cou tendu, la bête faisait son numéro. De moelleuses rondeurs se dessinaient sous les plumes lisses. Des plis de graisse tendaient sa peau fine et luisante. Cette chair tendre, dont l’ogre des contes n’est pas le seul friand, éveillait chez les joueurs des fringales soudaines et irrépressibles.
Un silence relatif tomba lorsque s’engagea la grosse partie.
Trente joueurs, dix sous chacun : la bataille promettait d’être chaude.
Letourneur prit les dés et les passa au premier qui fit douze, puis les autres, six, quinze, quatre, seize quand vint le tour de Auguste.
— Dix-sept ! annonça Letourneur, la voix forte, pour que toute la salle entende.
Un murmure parcourut les joueurs.
On se pencha, on plissa les yeux, on commenta déjà le coup comme si la partie était faite. Auguste, lui, sentit son cœur cogner dans sa poitrine. Dix-sept… c’était un sacré score. Pas impossible à battre, mais il fallait avoir la main heureuse.
Et il restait encore douze joueurs.
Les dés passèrent de main en main. On fit huit. Puis dix. Puis quinze.
Chaque lancer arrachait un souffle, un grognement, un « ah ben zut alors ». Auguste, haletant, suivait attentivement les points . Plus que deux joueurs… et il tenait peut-être l’oie de quinze livres.
— Allez, à toi, cria quelqu’un au fond.
Le dernier joueur s’avança, un gaillard connu pour avoir la veine insolente. Il prit les dés, les fit rouler dans sa paume, souffla dessus, pour la forme, et les lança d’un geste sec.
Ils rebondirent sur le marbre, tournoyèrent, hésitèrent… puis s’immobilisèrent.
— Dix-sept ! annonça Letourneur.
Un « oh ! » général secoua la salle. Ils étaient ex aequo. Il fallait débarrer.
Le silence tomba d’un coup, lourd, presque religieux. On n’entendait plus que le crépitement du poêle et quelques reniflements nerveux.
Le gaillard lança le premier. Huit.
Auguste sentit une bouffée d’espoir lui monter au visage. Il prit les dés, les serra fort, comme pour leur transmettre sa volonté, et les jeta.
Ils roulèrent, glissèrent, s’entrechoquèrent… puis s’arrêtèrent net.
— Dix ! proclama Letourneur.
Un tonnerre de voix éclata. Auguste avait gagné. Gagné pour de bon.
Pour son premier coup, Auguste Bisson,ce Auguste si prudent, si méfiant, si peu joueur, venait de rafler le gros lot. Un coup de maître.
— Aux énnocents les mains pleines ! grommela le gaillard, habitué de ces jeux et surtout vexé de ne pas avoir gagné le gros lot.
Auguste, lui, triomphait sans fanfaronner. Il souriait à la fortune, un peu tremblant, répondait timidement aux tapes dans le dos, aux félicitations, aux plaisanteries.
On lui serrait la main, on lui criait qu’il avait « la baraka », qu’il devait avoir un ange gardien dans sa poche ou quelque secret de joueur bien caché.
Auguste, lui, hochait la tête, un peu gêné, un peu fier, serrant son oie comme un trésor.
Et déjà, il imaginait la tête d’Ernestine quand il lui annoncerait la nouvelle.
Sans attendre la fin de la partie suivante, il s’éclipsa, l’oie sous le bras, pressé de courir vers l’église pour partager son exploit.
Dehors, le froid mordait toujours, mais il ne le sentait plus. Il marchait d’un pas vif vers l’église, où Ernestine priait encore, ignorant tout du triomphe de son homme.
L’oie, toujours ficelée, battait faiblement des ailes, comme résignée à son sort. Bisson, qui n’était pas cruel mais pas sentimental non plus, la souleva d’un geste assuré. Elle pesait son poids, la belle bête ! De quoi nourrir la maisonnée pour deux jours, et même offrir un morceau au voisin, si Ernestine se montrait généreuse.
Et déjà, dans son esprit, Auguste imaginait la scène : Ernestine, les yeux ronds, découvrant l’oie de quinze livres… et lui, faussement modeste, racontant « comment ça s’était passé ».
Dans son contentement de voir ses vœux comblés, il reportait à la Providence une part de sa reconnaissance et se disait qu’après tout, une fois n’est pas coutume, il devait, en manière de remerciements, prendre en passant un bout de messe.
Mais que faire de la bête ?
Justement, dans la ruelle qui contournait la sacristie et le chœur, entre deux piliers massifs, des voisins avaient garé des bottes de paille et une carriole. L’endroit ne pouvait être mieux choisi. Avec précaution, Auguste enveloppa l’oie d’un morceau de toile bise ramassé entre les brancards et la glissa sous la paille…Puis, il entra dans l’église.
Il avança sur la pointe des pieds, comme s’il craignait de déranger les anges.
Ernestine, absorbée dans son chapelet, ne l’avait pas encore aperçu. Il se glissa dans un coin, derrière un pilier, et s’agenouilla avec une application un peu raide, comme un écolier qui veut bien faire.
Il se disait qu’après tout, ce n’était pas si compliqué de « prendre un bout de messe ». Et puis, avec l’oie bien cachée sous la paille, il pouvait se permettre un petit moment de recueillement. La Providence, songea-t-il, n’était peut-être pas étrangère à son coup de chance. Autant ne pas la froisser.
Deux joyeux compères, Paul Guérin et Jules Durand, en sortant du cabaret, avaient vu le manège. Le hasard les avait fait remarquer Bisson déambulant par les rues, son oie sous le bras et le nez en l’air. Flairant quelque farce possible, ils l’avaient suivi et avaient assisté de loin au dépôt de l’oiseau dans la mystérieuse cachette. Lâcher l’oie dans le village ? Ils n’y pensèrent pas. Ils se fussent fait scrupule de priver de son bien le légitime propriétaire de l’animal, quelque rôdeur ayant sûrement fait main basse sur l’oie errante et dépaysée. Pourtant l’occasion de jouer un bon tour à ce veinard de Auguste était trop tentante pour qu’on l’abandonnât. Il fallait trouver quelque chose.
Les deux complices eurent bien quelque peine à trouver à tâtons la niche secrète, mais si tôt la capture faite ils détalèrent à toutes jambes et arrivèrent bientôt à la demeure de Auguste. Un petit jardin clos de charmille entourait l’habitation. Ils jetèrent l’oiseau par-dessus la haie et rentrèrent vivement au cabaret où leur absence n’avait même pas été soupçonnée.
A ce moment, la cloche tintant à petits coups annonçait la sortie de la messe.
Auguste Bisson, troublé malgré tout par cette pompe religieuse oubliée depuis si longtemps, parut un des premiers sous le portail, tant il avait hâte de reprendre le précieux dépôt et d’annoncer à sa femme la bonne nouvelle
_ Tu ne devinerais pas, fit-il à Ernestine qui, sitôt le nez dehors, s’encapuchonnait dans son manteau pour passer la campagne, – tu ne devinerais pas qui fricotera l’oie à Jean Letourneur ? Eh ben, ma fille, j’me charge de faire passer l’morceau dans ta rôtissoire.
La bonne femme se demandait si c’était sérieux. Comment, le chanceux du réveillon, le gagnant du gros lot, c’était Auguste ?
_ A preuve, appuya celui-ci, qu’tu vas v’nir avec mé prendre l’oisiau sus la niche.
Et discrètement, dépistant les curieux, il entraîna Ernestine dans la ruelle.
Mais lorsqu’il arriva derrière la sacristie, son cœur fit un bond. La paille avait été remuée. La toile bise avait glissé. Et l’oie… avait disparu.
Le sang ne lui fit qu’un tour, en même temps qu’un juron lui brûlait les lèvres…Ernestine avait envie de pleurer.
Il resta planté là, bouche bée, les bras ballants, comme si on venait de lui voler son âme. Il fouilla la paille, regarda derrière les piliers, inspecta la carriole, se pencha même pour voir si la bête n’avait pas roulé plus loin. Rien. Pas une plume.
— Nom d’un tonnerre… souffla-t-il, blême.
Ernestine, qui l’avait suivi à petits pas prudents, comprit aussitôt qu’il se passait quelque chose.
— Qu’est-ce t’as, Auguste ? T’es pâle comme un linge.
Il se tourna vers elle, l’air catastrophé.
— L’oie… Elle est partie.
— Partie ? Comment ça, partie ? Une oie, ça s’envole pas comme un ange du bon Dieu.
Auguste se gratta la tête, cherchant une explication qui ne venait pas.
— Elle était là… j’te jure qu’elle était là. Sous la paille. Bien ficelée. Et là… plus rien.
Ernestine croisa les bras, le regard perçant.
— T’es sûr que t’as pas rêvé, Auguste Bisson ?
— Rêvé ? Une oie de quinze livres ? Tu crois que j’confonds ça avec un songe ?
Il tournait en rond, fouillant encore, comme si la bête allait surgir d’un trou de souris. Mais l’évidence s’imposait : l’oie avait bel et bien disparu.
Ernestine soupira, résignée.
— Allons, viens. On va rentrer. On verra ça demain. Peut-être qu’un chien l’aura tirée, ou qu’un gamin l’aura trouvée…
Auguste, lui, n’en croyait pas un mot. Il sentait confusément qu’on lui avait joué un tour. Un bon, un vrai, un de ceux qui font rire tout le village pendant quinze jours.
Penaud et menaçant à la fois, Auguste ruminait quelque vengeance contre le ravisseur.
Dans la nuit noire, il voyait rouge. Il avait donc été guetté et détroussé ? Ah ! s’il avait tenu le coupable !
Et tandis qu’ils prenaient le chemin du retour, il marmonnait entre ses dents :
— Ah, si j’les attrape, ceux qui m’ont fait ça…
On n’entendait, dans le silence de la nuit, que le claquement de leurs sabots sur la terre durcie. Une bise glaciale rasait le sol et secouait d’un frisson les maigres buissons festonnés de givre.
Il ignorait encore que les coupables, bien au chaud au cabaret, riaient déjà sous cape en trinquant à sa santé.
Ainsi plongés, chacun de son côté, dans un abîme de réflexions peu réjouissantes, le couple arriva au domicile. Auguste souleva le loquet d’un geste morne. La maison, plongée dans l’obscurité, semblait elle aussi grelotter. Ernestine entra la première, ralluma la chandelle, puis se retourna vers son homme, prête à lui dire quelque parole de consolation.
Mais Auguste, lui, s’était figé sur le seuil.
Il tendait l’oreille.
Un bruit venait du jardin. Un froissement. Un battement sourd. Comme un remue‑ménage étouffé derrière la haie de charmille.
Il fit signe à Ernestine de se taire. Ils restèrent immobiles, retenant leur souffle.
Puis, soudain, un gloussement rauque, suivi d’un claquement d’ailes, fendit le silence.
Ernestine porta la main à sa bouche.
Auguste, lui, ouvrit de grands yeux, des yeux où l’incrédulité se mêlait à une lueur d’espoir fou.
— Par les saints… murmura-t-il. On dirait…
Mais oui ! L’oie.
Son oie.
La bête, un peu ébouriffée, mais bien vivante, se débattait au pied de la charmille, comme si elle sortait d’un long voyage.
Auguste resta un instant pétrifié, incapable de croire à ce miracle domestique. Puis il éclata :
— Nom d’un tonnerre… Elle est r’v’nue !
Ernestine, qui l’avait rejoint, leva les yeux au ciel.
— R’v’nue… ou r’portée, fit-elle doucement.
Auguste n’entendit même pas. Il avait déjà saisi l’oie dans ses bras, la serrant comme un enfant retrouvé.
— Ah ben ça… ça, c’est la Providence en personne ! s’exclama-t-il, rayonnant.
On peut dire que l’oie de Jean Letourneur avait fait plus qu’un heureux : elle avait remis Auguste Bisson dans le droit chemin. Dès le dimanche suivant, on le vit, la mine grave et la moustache soigneusement lissée, assister à la messe avec une régularité qui étonna tout le village. Certains prétendirent même qu’il chantait, faux, certes, mais avec conviction.
Ernestine, radieuse, n’en revenait pas. Elle qui, depuis des années, rêvait de voir son homme franchir de nouveau le seuil de l’église, se disait que le Bon Dieu avait parfois de drôles de façons de ramener ses brebis.
Une oie de quinze livres, ce n’était pas banal comme instrument de conversion.
Quant aux paroissiens, ils observaient Auguste avec un mélange d’amusement et de respect. On le vit bientôt aider le sacristain, porter les bancs, allumer les cierges, balayer la nef après les offices. Et chaque fois qu’on évoquait la nuit de Noël, il levait les yeux au ciel avec un petit sourire mystérieux.
— Ah, mes amis… disait-il. Y a des choses qui s’expliquent pas. Faut croire qu’la Providence veille sur ceux qui font l’premier pas.
Personne n’osa jamais lui parler de Paul Guérin et de Jules Durand, ni de leur escapade nocturne.
Le secret resta bien gardé, comme il sied aux bonnes histoires de village.
Et l’oie, rôtie à point, servie avec des pommes et un jus corsé, fit un repas de fête dont on parla longtemps.
Notes
(1 )Qu’est‑ce qu’un café “aux trois couleurs” ?
Il s’agit d’un café servi avec trois couches distinctes, bien visibles dans le verre :
Le café noir en bas
La crème ou le lait au milieu
Le calvados ou l’eau‑de‑vie au-dessus (ou parfois un sirop alcoolisé)



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